Doit-on continuer à vouloir susciter des vocations scientifiques ?

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Ce billet est une réponse à l’article du Blog de Malvina Artheau et Thomas Schumpp que vous pouvez lire ici : http://vulgaristom.blogspot.com/2010/06/quels-enjeux-partie-1.html

Cet article pose en effet la question en ces termes: « Faut-il encore susciter des carrières scientifiques ? », sous-entendu chez les jeunes : « Pour être moi-même passée par la case ‘thèse’, vouloir inciter des mômes à se rêver en chercheur aujourd’hui, c’est comme encourager un gamin à devenir soldat en 1913 : ce n’est pas gentil. »

Pour un blog qui se veut vulgarisateur scientifique pour le grand public (et qui porte donc le nom « vulgaris »), je pense très personnellement que ça commence très mal. Décourager les quelques jeunes qui pourraient avoir envie de « passer par la case thèse », c’est ça qui n’est pas très gentil.

Deux points m’ont poussée à écrire cette « réponse ».
1) L’attitude adoptée est très négative : « La recherche, elle ressemble plus à un bébé phoque sur la banquise qu’à un vaisseau amiral ou une arche de Noé. Elle ne sauve plus rien ni personne, elle a plutôt besoin d’être sauvée ».
2) Ce billet n’apporte rien, en adoptant un ton véhément, en ne se penchant sur aucun des problèmes ni sur d’éventuelles solutions.

Le vrai fond du sujet arrive au dernier paragraphe (ouf!) : « plutôt que de succiter (sic) une ou deux ‘vocations’, de participer à maintenir chez le plus de personnes possible le plaisir du questionnement sur le monde ». Ce avec quoi je suis tout à fait d’accord ! Mais franchement, quelle entrée en matière douteuse…

Ce billet de présentation veut dire des choses intéressantes, mais de façon bien maladroite, et qui, s’il est lu en diagonal, donne une très mauvaise image des chercheurs, qui voudraient « forcer des vocations ».  Le premier impératif quand on veut faire de la vulgarisation scientifique, c’est de faire passer des idées claires. Je ne trouve pas que ce billet le soit. J’espère sincèrement que les prochains billets promis seront plus directs et expliqueront plus clairement le but recherché par les auteurs.

Car malheureusement,  le ton du billet est déplaisant : se poser comme celui/celle qui veut « transmettre une posture scientifique, qui peut s’exprimer dans n’importe quelle situation, dans n’importe quel métier » est bien prétentieux et fait fi de toutes les initiatives  qui visent une « mise en culture de la science » (ce qu’ils essayent visiblement de faire) qui existent déjà.

Bref, un billet symptomatique de ce que l’on vit actuellement : chacun voit la culture scientifique reculer (voir le numéro spécial de Science et Avenir, un aperçu en cliquant sur ce lien http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/archeo-paleo/20090122.OBS0939/levolution_contestee_dans_les_ecoles.html ) et veut se poser, sans légitimité autre que d’être « passé par la case thèse », comme le défenseur des seules bonnes idées qui « sauveront » la recherche en France et celui qui transmettra la « bonne parole scientifique ».

  • Admin.

    Vous trouverez une réaction à ce billet sur le blog d’Antoine Blanchard : http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2010%2F07%2F07%2F431-a-quoi-sert-la-vulgarisation !

  • http://algue.over-blog.com/ Anne

    Contente de voir le débat arriver sur Air&Dées !

    Je laisse de côté la question de pourquoi diable faire de la médiation scientifique. Antoine y a très bien répondu, et montré que susciter des vocations n’est qu’un des objectifs de la manoeuvre. Je vais chercher à répondre à la question de Chloé. Cherche-t-on vraiment à susciter des vocations, ou l’écrit-on seulement pour faire joli sur les dossiers de financement ?

    Première remarque : je ne crois pas avoir le pouvoir de créer des vocations ex nihilo. Le public qui rencontre un médiateur a déjà sa petite idée de la science. Et certains enfants, certains jeunes ont déjà une vocation. Alors oui, on peu se lamenter sur son sort, se dire que faire des manips pour un directeur de thèse qui n’est jamais là c’est pas drôle tous les jours … mais quand on a en face de soi des enfants que l’amour de la science pourrait sauver de l’échec scolaire, du chômage ou de la caisse chez Carrefour, il faut relativiser. A mon avis, il est de notre devoir d’aider les vocations existantes à s’épanouir. Sans leur vendre du rêve, une science plus belle qu’elle ne l’est en réalité. Sans leur cacher que le travail, c’est dur, au labo comme ailleurs.

    Ensuite, il faut préciser un peu : qu’est-ce que ça veut dire, créer des vocations scientifiques ? Inciter les gens à aller en S ? A faire une thèse ? A devenir chercheur ? Tout cela est quand même très différent.

    Le médiateur qui incite les lycéens à choisir la filière S joue un rôle social. A condition bien sûr qu’il ne croise pas que des enfants de bonne famille pour qui le parcours bac S – prépa va de soi depuis la naissance. Il ne faut pas oublier que dans notre pays, les science au lycée sont la voie royale pour nombre de métiers gratifiants qui n’ont rien à voir avec la recherche. Ce sont aussi toutes ces portes-là que l’on ouvre à un jeune à qui l’on donne envie de faire des sciences au lycée.

    Le médiateur qui convainc un étudiant en master de faire une thèse, même si cette thèse ne débouche pas sur une carrière académique, pourra se féliciter d’avoir contribué à la formation d’un professeur ou d’un ingénieur qui comprend les problématiques de la science contemporaine, qui sait comment on fabrique de la connaissance.

    Le médiateur qui veut convaincre tout le monde de devenir chercheur a tort. La recherche est un métier exigeant, qui demande des capacités bien particulières et une résistance psychologique importante à l’échec, à l’absence de financement et de reconnaissance. Tout le monde n’est pas fait pour ça. De là à dire que ce n’est bon pour personne, il y a un pas qu’il me paraît intolérable de franchir.

    Pour moi, le but n’est pas d’amener plus de monde dans les cursus et carrières scientifiques, mais d’y amener ceux qui doivent y être, ceux qui ont l’envie et les compétences pour faire des sciences, plutôt que de laisser ces filières se remplir au gré de la ségrégation sociale. Dans ce sens, oui, le médiateur a un rôle à jouer. Susciter des vocations me paraît être une illusion, mais cultiver les vocations et les aider à s’épanouir est déjà un bon début.

  • http://vulgaristom.blogspot.com Thomas Schumpp

    Que d’énervements … Pour un post, certe provocateur et/ou cynique, mais qui a surtout le mérite de lancer une réflexion sur un sujet souvent croisé mais peu débatu en CST (pour info : C’est mon avis tout personnel sur ce billet de Malvina que je n’est pas écris. Nous sommes co-auteur du blog, pas des billets). D’ailleurs les diverses réactions montrent combien le sujet est chaud. Cela me conforte dans l’idée qu’il mérite une vraie réfléxion, un vrai échange.

    Par contre dans la critique ici faite, il semble qu’il y ait eu une profonde méprise.
    Vulgaris n’est pas un site de vulgarisation ou de culture scientifique, mais un site « Pour penser et dire la culture scientifique » (c’est le sous-titre du blog). On n’y vulgarise rien … On cherche à réfléchir la vulgarisation. On ne souhaite pas y « mettre la science en culture » mais y « penser cette mise en culture ». A ce titre d’ailleurs, ce blog n’est pas destiné aux publics visés par les actions de CST mais plutôt aux acteurs de la CST ou à ceux qui s’y intéressent.

    Par ailleurs, je ne suis pas d’accord avec vous pour dire que le billet donne une mauvaise image du chercheur qui voudrait « forcer les vocations ». Il parle plutôt de l’honnêteté de beaucoup d’entre eux à ne pas vouloir justement « forcer les vocations ».

    Et finalement la fin de votre billet me laisse sans voix … Passons la véhémence et le ton de la critique (dont l’objet porte en partie sur le ton et la véhémence du billet initial 😉 )… Vous avez une interprêtation toute personnelle du billet qui n’engage que vous. A aucun moment Malvina se fait « le défenseur des seules bonnes idées qui « sauveront » la recherche en France » – bien au contraire … Elle semble penser qu’il ne faut pas demander à la CST de sauver la recherche en succitant des vocations mais que la recherche devrait (selon elle) avant tout se sauver elle même.

    Voilà, en espérant vous voir souvent sur les fils de commentaires de Vulgaris , et n’hésitez pas à y lire les post passés, présents et à venir.
    A bientôt
    Thomas Schumpp